CJCE 15 octobre 2009 Marko: le consentement implicite, s’il existe, épuise les droits de PI dans l’EEE

octobre 18, 2009 par mmatringe

L’entreprise Diesel est titulaire de la marque Diesel et avait comme distributeur de ses produits Distribution Italian Fashion SA (Difsa). En 1994, Difsa accorde à Flexi Casual SA, société espagnole, la distribution exclusive des produits Diesel, lui permettant de procéder à des essais commerciaux portant sur des chaussures Diesel en Espagne, au Portugal et en Andorre afin de « définir de façon fiable les besoins du marché ».

En 1997, un administrateur de Flexi Casual SA accorde à Cosmos World SL (Cosmos) une licence de production de produits Diesel, qui a donc commercialisé les produits sans l’accord exprès de Flexi Casual SA. En 1999, Marko vend des chaussures de la marque Diesel, acquises par deux entreprises espagnoles auprès de Cosmos. Diesel lui indique en octobre qu’elle n’a pas donné son accord pour qu’elle commercialise Diesel, et engage une action pour atteinte à son droit de propriété intellecutelle. Marko est condamnée en première instance et en appel.

En cassation, Marko fait valoir que les droits de Diesel étaient épuisés du fait de la commercialisation par Cosmos avec le consentement de Diesel. La cour suprême néerlandaise pose à la CJCE la question suivante: lorsque des produits revêtus d’une marque ont d’abord été mis dans le commerce dans l’EEE par un opérateur autre que le détenteur de la marque et sans son consentement exprès, doit-on se référer, pour apprécier s’il y a eu consentement implicite du détenteur de la marque, au sens de l’article 7, paragraphe 1, de la directive 89/104, aux mêmes critères que ceux qui ont été définis pour le cas où ces produits ont antérieurement été mis dans le commerce par le détenteur de la marque ou avec son consentement en dehors de l’EEE?

La CJCE répond par l‘arrêt C- 324/08 du 15 octobre 2009 Marko, que le consentement peut être implicite au sens de l’article 7, paragraphe 1 de la première directive 89/104/CEE du Conseil, du 21 décembre 1988, rapprochant les législations des États membres sur les marques, telle que modifiée par l’accord sur l’Espace économique européen, du 2 mai 1992, à condition qu’il « résulte d’éléments et de circonstances antérieurs, concomitants ou postérieurs à la mise dans le commerce dans cette zone qui, appréciés par le juge national, traduisent de façon certaine une renonciation dudit titulaire à son droit exclusif », reprenant les critères énoncés dans l’arrêt Davidoff, ceux-ci ayant une portée générale (points 27 et 28 de l’arrêt), et précisant que la circonstance -qui n’épuise pas le droit (point 31 de l’arrêt)- de la commercialisation hors EEE, n’a aucune incidence sur l’appréciation du consentement, condition de l’épuisement (point 33 de l’arrêt).

CJCE 17 septembre 2009 Sahin: interdiction des taxes disproportionnées pour examen du titre de séjour pour les turcs

septembre 22, 2009 par mmatringe

De l’ensemble de la législation liant la Turquie, les États-membres (EM) de la CEE et de la CEE, il ressort que les parties contractantes s’inspirent du Traité CE pour supprimer entre elles les restrictions à la libre circulation des travailleurs, à la liberté d’établissement, et à la libre prestation de service, ces buts devant être réalisés graduellement, la Turquie ne pouvant bénéficier d’un traitement plus favorable que celui que s’accordent les EM de la CEE entre eux.

Cette législation prévoit que le travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi d’un EM a droit après un an d’emploi régulier au renouvellement de son permis de travail auprès du même employeur au bout de trois ans, à chercher un travail auprès d’un autre employeur sauf priorité d’emploi, et au bout de quatre ans au libre accès à toute activité salariée de son choix. Les EM ne peuvent introduire de nouvelles restrictions concernant les conditions d’accès à l’emploi des travailleurs et des membres de leur famille qui se trouvent sur leur territoire respectif en situation régulière en ce qui concerne le séjour et l’emploi.

Mr Sahin séjournait légalement aux Pays-bas et se vit refuser la prorogation de son titre de séjour aux motifs qu’il n’avait pas payé les droits fiscaux pour l’examen de sa demande, présentée avec retard. Mr Sahin contestait au titre de la législation communautaire les droits fiscaux imposés aux ressortissants turcs par le Ministère de l’immigration néerlandais pour l’examen de leur demande de permis de séjour ou de leur prorogation.

Les juges néerlandais firent droit à sa demande, mais la Cour suprême, se demandant s’il rentrait dans l’une des catégories d’individus protégés par la législation communautaire, posa plusieurs questions préjudicielles à la CJCE: est-ce que Mr Sahin remplie les conditions prévues par l’accord d’association entre la Turquie et la CEE? Cet accord fait-il obstacle à l’adoption d’une législation nationale prévoyant une restriction, telle des droits fiscaux, aux libertés visées?

La CJCE, par l’arrêt du 17 septembre 2009 Minister voor Vreemdelingenzaken en Integratie c/T. Sahin C-242/06, répond que l’article 13 de l’accord s’applique aux ressortissants turcs qui ne bénéficient pas encore des droits en matière d’emploi. La question de savoir si Mr Sahin est en séjour régulier ou non au sens de la réglementation nationale relève du juge national, qui ne doit pas faire une application disproportionnée de cette compétence des États.

Elle souligne ensuite l’absence de justification du caractère élevé du droit. Le gouvernement néerlandais faisait valoir que le traitement d’un tel dossier réclamait plus de temps que celui d’un ressortissant communautaire, mais la Cour observe que rien n’empêche un État membre d’exiger que le demandeur lui-même soumette aux autorités compétentes un dossier comportant l’ensemble des pièces justificatives requises à l’appui d’une telle demande (point 73).

Elle conclut enfin que la législation, qui fait dépendre l’octroi d’un permis de séjour ou la prorogation de la validité de celui-ci du paiement de droits fiscaux, lorsque le montant de ces droits à la charge des ressortissants turcs est disproportionné par rapport à celui exigé des ressortissants communautaires, constitue une restriction interdite au titre de l’article 13 de l’Accord d’association lorsque le ressortissant  entre dans l’une des catégories protégées par le droit communautaire.

Moteur de recherche de l’HAJUCAF

août 5, 2009 par mmatringe

Il est certains pays dans l’Union européenne où la jurisprudence est difficile d’accès (notamment le Luxembourg).

L’Association des Hautes Juridictions de Cassation des Pays ayant en partage l’Usage du Français (Hajucaf), crée en 2001, dispose d’un moteur de recherche sur:
http://www.juricaf.org/Juricaf/CritereRecherche.asp
permettant d’accéder aux décisions d’un grand nombre de pays.

Le site liste l’ensemble des décisions auxquelles il donne accès (http://www.juricaf.org/Juricaf/ListeArretsValidesParPays.asp).

L’intérêt principal de ce moteur est qu’il permet de faire une recherche sur un concept dans l’ensemble de la jurisprudence des membres de l’Hajucaf.

Certaines décisions peuvent être consultées sans qu’aucune inscription ne soit requise. Pour d’autres, il est nécessaire d’être un professionnel du droit (magistrat, fonctionnaire judiciaire, avocat, notaire), pour pouvoir les consulter (http://www.juricaf.org/Juricaf/InscriptionForm.asp).

Codification des règlements sur la marque communautaire

juillet 30, 2009 par mmatringe

Le règlement n°94/40 sur la marque communautaire a fait l’objet de multiples réformes consistant en l’adoption de nouveaux règlements. Cela formait un ensemble complexe de textes.

L’ensemble de ces textes a été codifié par le Règlement (CE) n o 207/2009 du Conseil du 26 février 2009 sur la marque communautaire.

CJCE 16 juillet 2009 Infopaq: une veille de presse ne peut reproduire une partie d’une oeuvre de l’esprit sans demander l’autorisation de l’auteur

juillet 23, 2009 par mmatringe

Infopaq exerçait une activité de veille de presse en produisant des synthèses d’articles en fonction de mots-clés choisis par ses clients qui recevaient ensuite les synthèses par courrier électroniques.

Elle collectait des articles qui étaient numérisés et dont les références étaient manuellement saisies. Il en ressortait un fichier TIFF transformé en fichier texte dans lequel l’ordinateur cherchait des mots-clés et produisait une référence de l’endroit où se trouve le mot-clé dans la publication. L’ordinateur conservait une expression composée des cinq mots qui précèdaient le mot clé, du mot-clé et de cinq mots qui le suivaient, supprimant le fichier texte. Une fiche était éditée avec la référence de la publication et l’expression conservée.

La Danske Dagblades Forening (DDF), syndicat professionnel des quotidiens danois, estimait qu’il y avait violation du droit des auteurs dont elle défendait les intérêts puisque ceux-ci n’avaient pas donné leur accord à cette reproduction. Infopaq contestait le fait que cette activité de veille nécessite le consentement du titulaire du droit d’auteur. Les parties s’accordaient sur la licéité d’une synthèse d’une oeuvre de l’esprit, mais divergeaient quant à l’appréciation de la licéité de la reproduction.

Infopaq saisit le tribunal danois pour qu’il ordonne à la DDF de reconnaître la licéité de l’utilisation du procédé de reproduction d’Infopaq sans que celle-ci ait à obtenir l’autorisation de la DDF ou de ses membres, recours qui fut rejeté, rejet contre lequel Infopaq forma appel.

La Cour d’appel danoise posa une série de questions à la Cour de Justice des communautés européennes (CJCE) pouvant se résumer ainsi: est-ce que la reproduction d’un extrait d’une oeuvre de l’esprit obtenu par balayage après reproduction intégrale de l’oeuvre est licite (c’est à dire entrant dans le champ d’une exception permettant de ne pas demander l’autorisation de l’auteur)?

La CJCE, par sa décision du 16 juillet 2009 Infopaq C-5/08, après avoir rappelé la nécessité d’une interprétation uniforme de la notion de reproduction partielle et constaté que cette notion n’est pas définie dans la directive, rappelle que seules les oeuvres de l’esprit sont protégées, et répond qu’une reproduction requiert l’autorisation de l’auteur en vertu de l’article 2, sous a) de la directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil, du 22 mai 2001, sur l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information lorsque cette reproduction consiste en des éléments de l’oeuvre reflétant l’originalité de l’oeuvre de l’esprit. Il appartient à la juridiction nationale de vérifier que les mots reproduits reflètent l’originalité de l’oeuvre de l’esprit partiellement reproduite.

Elle précise encore que la reproduction en cause est illicite car non transitoire, et ne remplit donc pas les cinq conditions cumulatives d’exemption de l’article 5 de la directive, nécessaires à la licéité d’une reproduction au sens de l’article 2 de la directive.

Ces conditions sont que la reproduction soit provisoire, transitoire ou accessoire, partie intégrante ou essentielle d’un procédé technique, pour permettre une transmission dans un réseau entre tiers par un intermédiaire ou une utilisation licite d’une œuvre ou d’un objet protégé, et insignifiante économiquement.