Crim 2 février 2016: Prescription à compter de la découverte de la tromperie par l’AMM

20 février 2016

Les laboratoires Servier sollicitent l’AMM pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Médiator sans mentionner « des qualités anorexigènes », « excluant le caractère fenfluraminique », ce qui l’exclut des décisions prises contre les médicaments anorexigènes ainsi que des études portant sur cette catégorie de médicaments interdits en 1995, sans quoi l’AMM aurait été retirée. Cette tromperie n’est apparue qu’en 2010 lors de l’enquête de l’AMM constatant que les expertises fournies lors de la demande avaient été expurgées de ses qualités anorexigènes et n’est pas prescrite le 18 février 2011 lors du réquisitoire introductif. Le caractère signalé en 1998 à la CNAM et contesté sur la base de l’absence de ses qualités anorexigènes invoquée par le CTPV font que l’escroquerie dont la CNAMTS est victime ne se trouve pas prescrite le 2 août 2011 lors du réquisitoire introductif, l’AMM ayant été retirée en 2010 et le dernier remboursement ayant eu lieu en 2011.

En cassation, les laboratoires reprochent aux juges d’appel de n’avoir pas constaté que la tromperie était apparue dès 1995, de n’avoir pas retenu que les faits permettant l’exercice de l’action publique étaient connus depuis 1998 nonobstant le monopole d’enquête sur les infractions à la législation sanitaire de l’AMM, qu’étant instantanée la tromperie était prescrite, que le fait que les articles L. 5122-6 et R. 5121-165 du code de la santé publique interdisent aux laboratoire de communiquer toute information sur les médicaments soumis à prescription ne permet pas de déduire qu’il y avait dissimulation à taire le caractère anorexigène et de reporter la prescription à la découverte de cette dissimulation, et que le principe de sécurité juridique, d’accessibilité et de prévisibilité du droit s’oppose à ce que des faits se voient appliquer une loi plus sévère y compris d’origine jurisprudentielle telle que la reconnaissance du caractère d’infraction occulte à la tromperie par l’arrêt de la Chambre criminelle du 7 juin 2005.

Par l’arrêt du 16 février 2016 (n°15-84356), la Chambre criminelle répond que la tromperie n’est apparue à l’AMM qu’au cours de son enquête de 2010 conséquente à l’implication du Médiator dans des valvulopathies, amenant à l’ouverture d’une information pour obtention indue d’autorisation, tromperie sur les qualités substantielles du Médiator avec mise en danger de la vie de l’homme puis escroquerie, conduisant à la mise en examen en 2011 des sociétés Les Laboratoires Servier, Laboratoires Servier industries, Servier, Oril industrie, Biofarma, Biopharma, pour obtention indue d’autorisation, tromperie sur les qualités substantielles et sur les risques inhérents à l’utilisation du Médiator avec mise en danger de la vie de l’homme et escroquerie ainsi que la société Adir mise en examen en  2013, pour complicité de prise illégale d’intérêts et corruption, qui ont invoqué la prescription sans succès. La tromperie n’est apparue qu’au cours de l’enquête de 2010 révélant le caractère expurgé de la mention anorexigène de la demande d’AMM et n’était donc pas prescrite, ni par voie de conséquence l’escroquerie résultant d’un ensemble de manoeuvres causant les remboursements de la CNAM et des mutuelles qui se prescrit à partir du dernier remboursement.

L’intérêt de l’arrêt réside dans le fait que la découverte des infractions était impossible du fait d’un dispositif législatif faisait obstacle à la diffusion d’informations dont la vérification de l’authenticité relève d’un pouvoir de police spécial de l’AMM. L’autre intérêt de l’arrêt est la constatation d’une escroquerie connexe à une tromperie résidant dans l’obtention de remboursement pour un médicament en réalité dangereux. Enfin, la jurisprudence concernant les infractions occultes étant fixée depuis longtemps, l’invocation de la rétroactivité in mitius ne pouvait être couronnée de succès.

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CEDH 21 janvier 2016: Le proxénétisme des migrants tombe sous l’interdiction de l’esclavage

23 janvier 2016

Une migrante illégale est contrainte moralement à se prostituer par son passeur pour rembourser le prix de son passage en Grèce. Elle agit en tant que victime de traite des êtres humains devant la juridiction grecque qui rejette sa plainte en première instance et en appel, suite à la soustraction du témoignage de la directrice de l’OGN Néa Zoi du dossier établi par la police.

Par sa décision du 21 janvier 2016, L.E. c/ Grèce (req. n° 71545/12)) la CEDH rappelle d’abord le corpus dont la CDFUE qui interdit la traite des êtres humains auquel la Grèce est partie (point 35), puis constate que la Grèce a violé l’article 4 de la CEDH qui interdit l’esclavage en ne portant pas l’assistance nécessaire à la requérante à partir du moment où elle avait indiqué être victime de la traite des êtres humains. Enfin, la Cour constate que si l’acquittement d’une personne accusée de traite des êtres humains par une décision motivée n’est pas contraire à la CEDH, en revanche, la soustraction du dossier d’un témoignage ainsi que l’absence de mesures d’enquête sur la traite des êtres humains indépendamment de la plainte de la victime viole l’obligation de moyens (point 66 ss) qui incombe aux États de prendre les mesures d’enquête et  d’assistance aux victimes de la traite des êtres humains (point 84).

 

CJUE 29 octobre 2015: Indépendance des informations ajoutées à une carte

6 novembre 2015

Le Land de Bavière demande l’interdiction de la diffusion des cartes des éditions Esterbauer qui reprennent les siennes. Esterbauer se fonde sur la protection des bases de données pour demander l’annulation de l’interdiction, indiquant que ses cartes portent des informations supplémentaires pouvant être qualifiés d' »élements indépendants » au sens de la directive 96/9. La BGH demande à la CJUE si les cartes sont des bases de données dont les informations ajoutées constituent des éléments indépendants.

La CJUE rappelle d’abord dans son arrêt du 29 octobre 2015 Esterbauer que la protection vise toute collection d’informations, y compris numérique, présentant des éléments indépendants tels que des données géographiques et les informations concernant les infrastructures locales. Les informations ajoutées par Esterbauer aux données géographiques extraites des cartes du Land concernent les sites où faire du vélo, du VTT et du roller, constituant un élément indépendant doté d’un caractère informatif autonome (points 21, 22).

CJUE 12 février 2015: application du droit du travail obligatoire aux travailleurs européens

14 février 2015

Des polonais concluent des contrats de travail en Pologne pour travailler sur un chantier en Finlande. Le syndicat finlandais demande la condamnation de la société au paiement des créances de salaires que les travailleurs polonais lui ont cédées, ce à quoi la société réplique que les les créances en salaire sont incessibles en droit polonais (point 16).

La CJUE répond dans son arrêt du 12 février 2015 n°396/13 que le droit communautaire doit s’interpréter en ce que les règles contraignantes du droit national résidant dans les conventions collectives de branche doivent s’appliquer aux travailleurs, dont le salaire minimum dans tous ses éléments, dont font partie les indemnités, lesquelles sont valablement cédées au syndicat national.

 

 

BVerfG 22 octobre 2014: licenciement d’une institution religieuse pour acte violant son but

6 décembre 2014

(Décision en allemand ici)

Sommaire

1. Dans la mesure où le principe de la protection de la liberté de croyance et l’article repris de la Constitution de Weimar se superposent, l’article 140 de la Loi fondamentale (GG) combiné à l’alinéa 3 de l’article 137 de la Constitution de Weimar en tant que loi spéciale prime l’alinéa premier et seconde de l’article 4 GG en ce qu’il soumet le droit d’autodétermination des sociétés religieuses aux lois en vigueur valables pour tous. Lors de l’application des lois qui valent pour tous, la juridiction étatique doit mettre en balance les intérêts en présence mais aussi prendre en considération le fait que les alinéas premier et second de l’article 4 GG garantissent sans réserve la liberté religieuse corporative et dans cette mesure donner une importance particulière au droit à l’autodétermination et au droit à l’auto-définition des sociétés religieuses.

2. Le droit à l’autodétermination des églises comprend toutes les mesures préservant la dimension religieuse de la mission telle que définie par l’église elle-même et servent à la conservation du lien directe entre l’activité et la demande essentiellement religieuse. La formulation de ce qui est propre au religieux oblige en soi les églises et est constitutionnellement protégée par les alinéas 1 et 2 de l’article 4 GG comme un élément fondamental de la liberté religieuse corporative.

3. Les Tribunaux étatiques doivent vérifier lors du contrôle de recevabilité fondé sur l’auto-définition fixant la foi de l’église constituante si une organisation ou institution a part à la réalisation d’une demande essentielle religieuse, si une obligation déterminée de loyauté est l’expression d’une profession de foi religieuse, et quel poids cette obligation de loyauté a et qu’il en résulte une violation d’un devoir selon l’auto-définition religieuse. Ils ont donc à réaliser une évaluation complète au regard des limites des « lois qui valent pour tous », mettant en balance les besoins religieux -que l’on comprend à la lumière du droit à l’auto-définition des églises- et les intérêts contenus dans les dispositions protectrices générales du droit du travail. Les opinions juridiques en conflit doivent être le mieux possible concrétisées.